Mettre des mots

 

 

Des mots, j’en ai écrit, des kilomètres de mots, des mots maîtrisés, mais très froids,

Des mots j’en ai dits, métier de la loi, maîtres-mots mais très droits,

Pourtant me voila, au terme de cela, sans un traître mot en moi,

Je m’étrangle et m’entrave, m’étripe la mémoire, m’étrique la voix, métronome au travail, mes tracas je ravale, mes trésors à l’archivage, tels mon travail enterré et ma robe au grenier,

Etrenné ce métier, m’être dévouée, s’y soumettre, s’y laisser entraîner, stressant mais trépidant, mais très prenant, mais très aimé,

Maintenant m’omettre, et puis tout enterrer, mes traces de vous, clients, mes traces de moi, avant,

Papier à lettres à brûler, plaque à rayer, m’éteindre finalement, mais triste, mais un pas en avant, m’étreindre,

Et maintenant ?

 

Au revoir, Maître.

 

 

Et si je faisais une pause ?

Depuis quand exactement n’ai-je pas ouvert le tableau de bord de ce blog ? Une éternité, sans doute, puisque ça fait une éternité que mon amour des steppes a regagné son pays.

Ici, la vie se déroule toujours comme un long serpentin, avec son lot quotidien d’imprévus à solutionner et de questions à mettre de côté.

Je m’efforce d’avancer sans m’arrêter, parce qu’il est toujours risqué de s’arrêter au beau milieu d’une marche. Le risque est grand de ne plus se relever, de rester assis là, flapi, le corps repu d’efforts et la motivation oubliée quelque part dans le précédent kilomètre.

Des kilomètres, j’en écrase. Des kilomètres de rangement, d’organisation, de lettres, de comptes, d’administrations, de files d’attente, de papiers, de colis, de démarches en tout genre aussi rébarbatives que nécessaires et tellement prenantes qu’elles m’éloignent de moi-même.

Moi-même, je ne sais plus où je me suis perdue. Probablement quelque part entre ma valise qui attend d’être remplie et mon sac qui attend d’être vidé.

Avancer, c’est la seule chose que je puisse faire aujourd’hui, car je suis sur la paroi d’une roche et que le sol est maintenant bien trop bas pour que je redescende.

Dommage que le sommet soit encore si loin et l’ascension encore si longue.

Je parle par métaphores, parce que si je me hasarde à mettre des mots sur la réalité de mes pensées, ce court texte pourrait bien devenir un livre.

Un projet après l’autre…

Je ne sais pas depuis quand exactement je n’ai pas ouvert le tableau de bord de ce blog, mais quand je l’ai fait ce soir, j’ai eu la surprise de découvrir que rien n’a changé : vous êtes toujours là, les fidèles, mais aussi les autres, qui arrivent par hasard ici, s’y plaisent visiblement puisque j’ai toujours plus de visites que de visiteurs. Aucune statistique n’a baissé, le graphique de vos consultations est sensiblement le même qu’avant, avec des pics inexpliqués, et puis le ronron de ma trentaine de visites par jour, stable, fidèle, solide.

J’aime à penser que l’absence ne change rien.

J’aime que vous me démontriez que l’absence ne change rien.

Samedi again #59

Cette semaine, concrétisation.

Deux ans et neuf jours.

C’est le temps que j’aurai passé dans l’appartement de la Rue de la Réalité. Après l’avoir rempli de meubles et de sentiments, je l’ai vidé, cette semaine, je l’ai nettoyé, cette semaine, et j’ai rendu ses clefs, cette semaine. Je me suis replongée malgré moi dans mon état d’esprit au moment d’y entrer, et je n’y ai pas vu que de la joie, et puis je me suis questionnée sur mon état d’esprit au moment de le quitter, et je n’y ai pas vu que de la peine. J’y suis entrée forcée par une décision que je subissais, je le quitte portée par une décision que j’ai prise. J’y suis entrée avec du sel sur les joues et un petit pli au coin des lèvres, je le quitte avec un grand sourire et de l’humidité entre les cils. Transition. Parenthèse refermée. Première étape franchie.

Six ans, trois mois, et une semaine.

Ce sera la durée de ma carrière d’avocat. Le 15 avril 2014 à 23h59, je le serai toujours. Le 16 avril 2014 à 00h00, c’est fini. La lettre est partie, cette lettre que jamais, jamais, je n’aurais pensé écrire dans ma vie d’avocat. Cette lettre qui dit au revoir à mon Ordre, à ma profession, à une partie de ma vie qui m’aura apporté un sacré poids d’émotions. Un poids, oui, le mot est choisi, car je quitte cette profession avec une pointe de tristesse mais avec un énorme sentiment de soulagement. Libre, je me sens. Heureuse de mon choix et certaine que c’est le bon. Je quitte ce métier que j’aime sans aucun regret. Paradoxe étonnant que je ne suis pas seule à ressentir, nombre de mes confrères disent aimer ce travail, vibrer pour lui, le trouver noble et Beau, mais ont l’envie souterraine et refoulée, de l’abandonner. Cinq petites semaines. Liberté en voie de décollage.

Parce que la vie est taquine, ma lettre est sortie de l’imprimante au moment-même où entrait dans le bureau l’avocate qui est pressentie pour me remplacer. Elle semble sérieuse et s’exprime bien, elle est élégante sans fioriture, ses cheveux sont bien coiffés, son regard est franc, son sourire tout autant, elle est dévouée, motivée, elle en veut, et elle fera parfaitement l’affaire pour me remplacer, ce qui me procure une sorte de tristesse nostalgique et d’envie de lui claquer la porte au nez en lui disant de ne pas remettre les pieds ici. J’ai parlé de concrétisation ? On est en plein dedans. Pourquoi est-ce si difficile pour moi de ne pas ressentir envers elle cette espèce de jalousie étrange pour cette place que JE lui laisse parce que JE l’ai décidé ?

Mon amour des steppes est reparti après avoir passé deux semaines ici. Son visa ne permettait pas qu’il vienne en avril comme prévu, et sa venue a dû être avancée, pour notre plus grande joie. Je m’attendais à le revoir dans deux mois, voila qu’il m’annonce qu’il vient dans une semaine ! Pause de douceur dans ces mois de questions et de choses à régler. Apaisement. Calme. Plénitude. Amour qui perdure et qui perdurera. A l’aéroport, nous nous sommes retrouvés petits amis ; à l’aéroport, nous nous sommes quittés fiancés. Ce sera là-bas, et ce sera dès que j’arrive, dans deux mois, ou trois tout au plus. Après ces quelques jours à vider et nettoyer l’appartement en voyant le passé me revenir comme un boomerang, après ces moments de bilan à me revoir, bien malgré moi, dans les pires moments de détresse qu’ont pu abriter ces murs il n’y a pas si longtemps, je n’arrive pas à croire que je porte en ce moment un anneau virtuel de fiançailles et bientôt, très bientôt, un anneau bien réel de femme mariée. La vie, ses taquineries, et ses surprises incroyables…

Je vous avais prévenus que c’était la semaine de la concrétisation ! :)

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Samedi again #58

 

 

Cette semaine, ça avance.

 

La date de déménagement est fixée, ce sera pour le dernier weekend du mois. Quitter cet appartement, c’est la première étape vers autre chose.

La deuxième étape, et non la moindre, c’est ma demande officielle d’omission à l’Ordre (c’est-à-dire "bonjour Monsieur le Bâtonnier, je ne serai plus avocat à partir de tel jour, merci de me rayer des listes. Ah oui, au fait, mes dossiers seront désormais traités par Maître Machin. Allez, au revoir, au revoir président !") Pour cela, il me faut donc le nom de mon successeur…

J. a finalement décliné mon offre de vente de clientèle. J’ai immédiatement contacté et rencontré deux autres potentiels successeurs. A suivre…

Mon propriétaire m’a fait une contre-offre concernant la cuisine. Je l’ai acceptée. Voila un énorme souci de moins, cette cuisine restera donc où elle est !

Mon chéri vient enfin d’avoir son visa pour venir en France. Un mois que nous attendions, nous commençions à stresser un peu, puisque habituellement le délai est de quinze jours. L’ambassade avait tout simplement oublié de le prévenir… Il devrait donc débarquer ici au mois d’avril, et repartir début mai avec moi sous le bras pour ses contrées. J’ai tellement hâte de connaître enfin cette ultime date fatidique !

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Samedi again #57

 

Cette semaine, du travail, du travail, du travail.

 

 RollMandaLamétriefermière1887

 

MenzelLaforge1875

 Menzel, La forge, 1875.

 

LégerLesconstructeurs1950

Léger, Les constructeurs, 1950.

 

MilletLesglaneuses1857

Millet, Les glaneuses, 1857.

 

 

VermeerLadentellière1669

Vermeer, La dentellière, 1669.

 

CézanneLavocat(loncledominique)1866

Cézanne, L’avocat (l’oncle Dominique), 1866.

 

MilletLafournée1854

Millet, La fournée, 1854.

 

ChardinLablanchisseuse1730

Chardin, La blanchisseuse, 1730.

 

CaillebotteLesraboteursdeparquet1875

Caillebotte, Les raboteurs de parquet, 1875.

 

GueldryLesmeuleurs1888

Gueldry, Les meuleurs, 1888.

 

PicassoFemmeaurepassage1904

Picasso, Femme au repassage, 1904.

 

RembrandtLeçondanatomiedudocteurtulp1632

Rembrandt, Leçon d’anatomie du docteur Tulp, 1632.

 

DixLesalon1921

Dix, Le salon, 1921.

 

EbbetsLunchatopaskyscraper1932

Inconnu (attribué quelquefois à Ebbets), Lunch atop a skyscraper, 1932.

 

SteenLeboulangerdeleydearentoostwaardetsonépousecatharinakeizerswaard1658

Steen, Le boulanger de Leyde Arent Oostwaard et son épouse Catharina Keizerswaard, 1658.

 

VanGoghSemeurausoleilcouchant1888

 

Van Gogh, Semeur au soleil couchant, 1888.

 

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Samedi again #56

 

 

Cette semaine, j’ai écrit ça.

 

Je me suis préparée comme avant. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas fait tout ce rituel. Je me suis grimée comme je le faisais avant, parce que ce soir, je vais dans ma ville d’avant. Sérum. Crème hydratante. Fond de teint. Anti-cernes. Poudre. Fard à paupières. Khôl. Mascara, trois couches. Brosse à sourcils. Retouche de khôl. Retouche de fard. Retouche de mascara. Blush sculptant. Blush bonne mine. Coton-tige ici et là. Baume à lèvres. Un regard dans le miroir et je vois celle d’avant. La frange est impeccable, la chevelure lissée.  Quand je pense que toute cette mascarade était mon quotidien… Je pousse le vice jusqu’à ajouter du parfum. Je porte une jupe courte, un haut en cachemire col en V, des collants de marque au rendu satiné, des bottes à talons que j’ai dû sortir de leur boîte. Je porte même le pendentif en cristal de Baccarat qu’il m’avait offert. Je dois l’admettre, je suis sexy ainsi attifée. Mes jambes sont longues, affinées par ces bottes dont la tige a la largeur parfaite (je devrais les mettre plus souvent). Ma taille semble plus fine parce que ma jupe s’y ajuste parfaitement et parce que mon décolleté semble plus plein. Mes pommettes slaves ressortent grâce aux magiques coups de pinceau de blush sculptant. Mon regard parle, parce qu’il est noir, surligné, souligné, et surmonté d’un casque blond contrastant. Je suis jolie mais je ne me reconnais pas. Il y a une heure, je portais un jean slim et des boots plates, avec une marinière col droit, mon visage ne portait pas un gramme de maquillage et mes cheveux faisaient ce qu’ils voulaient. Quand je me vois ainsi dans ma peau d’avant, je sais que, comme avant, je vais sortir et attirer les regards. Je suis déjà lasse de cette perspective. Celle que je suis, c’est celle que j’étais il y a une heure et que personne ne regardait dans la rue. Ca ne loupe pas : le temps d’arriver à la gare, je suis regardée, hélée, on me murmure des choses, les têtes se retournent, je suis même complimentée par trois femmes. En arrivant sur le quai de la gare, un groupe d’hommes d’affaires se trouble, je le sens, et je les vois, certains, me suivre des yeux. Je déteste cela, parce que je ne suis pas cette personne-là. Je suis celle d’il y a une heure, que personne n’aurait remarquée. Quand j’étais adolescente, je ne supportais pas le regard des gens sur moi, parce que ces regards me disaient que j’étais repoussante. Aujourd’hui, je ne supporte pas le regard des gens sur moi parce que ces regards ne se portent pas sur celle que je suis, mais sur celle que je suis avec mon déguisement ; alors, aujourd’hui, ces regards me disent encore que, sans mon déguisement, je suis repoussante. Cette superficialité m’attriste, me dépasse, me lasse. Ce n’est pas moi qui attire l’oeil, c’est ma mise, mes trompe-couillons qui remplissent très bien leur office, c’est le résultat d’une heure de préparatifs affûtés par des années de pratique. Ce soir, plus que jamais, je pense à mon amour, qui m’a connue sale, sans maquillage, fagotée dans des vêtements de trek, les pieds remplis d’ampoules, les cheveux à l’abandon, le visage nature, marqué de sueur, d’efforts et de coups de soleil, les ongles noirs, cassés, les jambes aléatoirement entretenues, et qui n’a eu de cesse de me répéter avec toute la vérité du monde dans le regard : "t’es belle… t’es sexy…" Celle que je suis, c’est lui seul qui l’a vue. La vérité, c’est lui seul qui l’a vue. La vérité, c’est décidément là-bas qu’elle est.

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En plein dans ma tête

 

 

Vous vous demandez à quoi ressemblent mes pensées en ce moment, pourquoi je parle tout le temps de cerveau encombré, de mille choses en tête, de choses à gérer et de questions qui surgissent ? Alors voila, je me suis mise en écriture automatique et voila ce que ça donne ! Même à moi, ça fait peur !

 

… Cette année, je vais payer 600 euros d’impôts par mois. Combien je vais gagner en Mongolie ? Quel travail je vais faire ? Il faut que j’appelle ce mec dès que j’arrive là-bas. Ca devrait bien se passer. Je trouverai du travail. Je serai peut-être comme ces hommes de ménage en France qui étaient ingénieurs dans leur pays. Je suis folle de faire ça. J’espère que je ne déçois personne. Le regard fier de mes parents quand j’ai prêté serment. Je viens de loin. Les vacances, les weekends en Italie. Les vacances en caravane. Le jambon pas cher. Mes parents et tous leurs sacrifices. Leur confiance en moi. Leurs espoirs. J’espère que je ne les déçois pas. Les larmes de maman. Je serai heureuse là-bas. Je serai avec mon amour. Est-ce que je pars pour lui ou pour moi ? Pour son pays. Les steppes. Le Vrai. Serais-je partie sans lui ? J’ai reçu des chèques cette semaine. La situation financière s’apaise. Monsieur L. n’a pas payé la dernière facture. J’attends le virement de Madame M. J’ai les deux nouvelles procédures de Monsieur T. Ca va aller. Mardi, je vois J. Combien je lui propose pour ma clientèle ? J’espère qu’elle sera intéressée. Si elle ne l’est pas, je propose à E. ou à A. Il faut que je connaisse mon successeur avant de demander mon omission à l’Ordre. Pour février, ça va être juste. J’espère pouvoir partir en mai. Je fais quoi si je trouve personne pour me la racheter ? Au pire, je baisse le prix. Il faut que je vende mes meubles. Il y a toujours cette cuisine qui me fait chier. J’espère que les futurs locataires la rachèteront. J’aurai toutes mes charges à payer aussi. Il faut que je vende tout. Je serai peut-être très pauvre en Mongolie. Comment je règle la question de mon adresse entre mon départ de l’appartement et mon départ en Mongolie ? Je dois écrire à tout le monde. Prévenir les impôts. J’aurai la taxe d’habitation en octobre, aussi. Et si je n’ai toujours pas de travail là-bas ? Peut-être que je ne travaillerai pas tout de suite ? Et si je tombe enceinte dès que j’arrive là-bas ? Il faudra que je renouvelle mon visa au bout de trois mois si je n’ai pas de visa de travail. Il n’est renouvelable qu’une fois. Si j’ai pas de travail, on se mariera. J’espère que ça va marcher, nous deux. Si ça se trouve, il est complètement fou. Je ne le connais pas si bien que ça. Mais lui non-plus ne me connaît pas. Je suis folle. J’ai accompli du chemin. J’ai une clientèle à vendre.  Je n’ai pas fait sept ans d’études pour rien. J’espère que mes parents comprennent. J’espère ne pas les décevoir. Mon frère, ma nièce. Je ne la verrai pas grandir. Il faudra qu’on se fasse des séances sur skype. Il me faut un ordinateur là-bas. Je l’achète avant de partir ou je l’achète là-bas ? Il faut que je regarde les prix pendant les soldes. Un Eee-PC, c’est mieux. Ou une tablette, mais avec un vrai clavier. Peut-être que j’aurai envie d’écrire là-bas. Je sens que l’envie me démange. Et j’aurai peut-être du temps pour ça si je ne travaille pas tout de suite. Où vais-je vivre au début ? Chéri a dit qu’on louerait un appartement en ville au début. Ca veut dire que je dois travailler absolument. Comment je vais faire sans lui ? Ca va être impossible les premiers mois quand il sera en circuits. En mai, il sera là pour mon arrivée, mais ensuite je suis seule jusqu’à octobre. Il faut que je parle mongol à la perfection. J’ai cours mardi avec Zulaa. Deux fois par semaine, ça ne suffit peut-être pas. Je ne comprends toujours rien. Qu’est-ce que cette langue est compliquée. Si des Mongols ont pu apprendre le français, une Française peut apprendre le mongol. Les guides que j’ai rencontrés. Nos soirées en juillet. La première avec chéri. Les sources chaudes. Notre première yourte. Son premier baiser. Sa peau. Ses mots. Son corps contre le mien. Cette sensation. Notre première nuit. Je l’aime. Je fais bien de partir. Ce n’est pas si grave. C’est juste une expatriation. Combien le font depuis des siècles ? Murakami l’a fait trois fois. A-t-il vécu la même période que moi en ce moment ? Ca fait rêver tout le monde une expatriation, mais c’est surtout de la paperasse et des questions. Il faudrait partir sur un coup de tête du jour au lendemain. Comment ont fait les autres ? Quand je serai chez mes parents, il faudra que je range ma chambre, depuis le temps. J’ai pas fini d’être dans les cartons. Je vais porter mes cd et dvd à Cash converters. J’espère que je vais vendre mon canapé. Mais pourquoi le proprio ne me reprend pas la cuisine ? Je suis sûre que c’est à cause de ça qu’aucun des gens qui a visité l’appartement n’a déposé de dossier. Je suis bonne pour être là jusqu’à la fin du préavis. Encore un loyer et c’est bon. J’espère que les futurs locataires prendront la cuisine. S’ils ont pas de locataires à mon départ, je suis obligée de la démonter et de remettre l’ancienne vasque pourrie et à moitié cassée. Je ne suis même pas sûre qu’on l’ait gardée. Papa m’a dit qu’il y avait aussi un petit placard, il va falloir en racheter un. Pauvre papa, il va devoir démonter la cuisine. Mais pourquoi le proprio ne la reprend pas ? Je la lui proposerai moins cher en février. Il m’aura fait chier jusqu’au bout, lui. Je ne prendrai plus jamais d’appartement sans cuisine. Ca m’ennuie d’habiter en ville en Mongolie. Je ne pars pas pour ça. Je veux vivre dans une yourte. La yourte de mon chéri. Le poêle. Mon chéri qui cuisine. La vodka. Qu’est-ce qu’on a ri ! C’est trop loin de la ville. Pas pratique pour mon travail. Il voulait acheter une voiture pour que je vive dans la yourte et sois libre en son absence. Je le sens pas. Je vais être larguée, si en plus je dois chercher ma route. On va louer un appartement. Si ça se trouve, on sera en colocation. Enfin, je serai en colocation, puisque lui sera absent jusqu’à octobre. Je me vois bien débarquer avec mes sacs et ne même pas pouvoir parler à mes colocataires. Combien de sacs je prends ? Il faut que je prenne le minimum, les parents m’enverront des colis. Il faut pas que j’oublie de faire une procuration à papa sur mon compte bancaire. Il faudra que je prenne mon chéquier aussi. Il faudra que j’ouvre un compte bancaire là-bas à mon arrivée. Il faudra que je voyage avec du liquide, alors. A partir d’une certaine somme, il faut le déclarer à la douane, je sais plus combien c’est. J’espère que je serai acceptée là-bas. Comment je vais faire pour mes cheveux ? Je me ferai mon balayage moi-même. Je serai sans doute orange. Il faut que je trouve une solution pour mes cheveux. Il me faut un épilateur à la cire aussi. Je dois regarder combien ça coûte. Je vais être larguée là-bas. L’idéal serait d’accompagner chéri en stage dans ses circuits les premiers mois. J’espère que son patron acceptera. Il faudra faire gaffe à renouveler le visa au bout de trois mois, ça fait quoi ça ? Début août. ca risque d’être chaud, il sera en plein circuit, faudra que je fasse ça toute seule. Ou peut-être que d’être en stage me permet d’avoir un visa de travail. Je vais être totalement larguée. Quel bus je dois prendre pour aller où ? Où faire mes courses, manger ? Où vais-je vivre ? Ou alors, je travaille tout de suite. Tant pis pour la visite du pays et le temps d’acclimatation en douceur. Je me jette dans le bain dès mon arrivée. Ca va être chaud. Je suis totalement folle de faire ça. J’epère que je vais être heureuse là-bas. Si ça se trouve, ça va être un enfer, je vais être malheureuse, chéri va se révéler méchant et distant, je vais pleurer tous les soirs et je dirai aux parents que tout va bien. Etre indépendante financièrement. Surtout. Partir si ça ne va pas. Vivre là-bas, mais sans lui. Ne pas dépendre de lui. Ou alors, je vais être aussi heureuse que je l’ai déjà été. Sourire toute la journée. Tomber enceinte. Rire avec mon chéri. Et je me dirai "tu as bien fait, t’avais raison". Je le sens comme ça. je ne pourrai pas être malheureuse dans ce pays. Il y aura des moments difficiles, sûrement, mais pas plus qu’ici. Et je ne serai pas seule, je serai juste loin. J’espère que mes amis ne m’oublieront pas. Que rien ne changera entre nous. Facebook maintiendra le lien intact. J’ai hâte de les accueillir. Dans la yourte de chéri, ce serait magique. La forêt face à nous. Le silence. L’étendue. Les steppes. Mon voyage en juillet. Mes jolies rencontres. La Vérité. J’ai hâte de quitter ce pays. D’en finir avec les papiers. De payer ce que je dois et d’oublier ma vie d’avocat. De faire ma dernière plaidoirie. Mon dernier jour d’avocat. Je reviens de loin. La petite fille que j’étais. L’adolescente. L’étudiante. L’avocate. Je vais tout plaquer. J’espère que ce n’est pas une énorme erreur. Si ça se trouve, c’est la plus grosse connerie de toute ma vie. Si je reviens en France, tout sera différent. Je repars à zéro dans une vie d’avocat. Je me refais une clientèle. Je recommence. Ou alors, je fais totalement autre chose. Marre de travailler pour payer des charges. Je vais payer 600 euros d’impôts par mois cette année. Cette vie n’est pas possible. Je veux autre chose. Je l’aime, mon chéri. Tout est si simple avec lui. Il est aussi fou que moi mais prévoyant. Moi aussi. Ce n’est pas une folie. Je prévois, je programme, j’assure mes arrières. Ce n’est pas si grave. C’est juste une expatriation. J’espère que je vais réussir à vendre le canapé. Jamais j’aurais cru que je quitterais cet appartement aussi vite. La vie et ses surprises. 2012 pourrie. 2013 surprenante. 2014 je me barre. Je vais mieux. L’Ex. Il est triste que je m’en aille.  Il sera toujours dans mon coeur. Si on avait fait un enfant ensemble, je n’aurais pas pu partir en Mongolie. Les choses n’arrivent pas par hasard. Heureusement que nos enfants n’ont jamais vu le jour. C’est le destin. Chéri aussi, c’est le destin. Je devais partir en juin, avec une autre agence. C’était complet. Lui, ce circuit, il ne devait même pas le faire, ça devait être un autre guide, il a su deux jours avant qu’il partait sur ce circuit. L’aéroport d’OB. Notre rencontre. Voila. Six mois plus tard, je projette mon départ pour le rejoindre. Je suis folle. C’est la vie. Et pourquoi pas après tout ? Pépé a quitté Saint Petersbourg à vingt ans. Que connaissait-il de Nice ? Il a travaillé, appris le français, ouvert son garage, rencontré mémé, fait quatre enfants. Peut-être que moi aussi, à la fin de ma vie, j’aurai oublié ma langue maternelle. C’est fou, comment peut-on oublier sa langue maternelle ? Il faudra que je fasse attention. Je lirai. Je demanderai de temps en temps qu’on m’envoie un colis de livres. Ca ne peut pas m’arriver. Pépé n’avait plus de lien avec la Russie et ne parlait pas russe avec ses enfants. Intégration totale. Ce ne sera pas mon cas. Je reviendrai en France et je parlerai français à notre enfant. J’aimerais avoir un enfant avec mon chéri. C’est un bon père avec sa fille. J’espère que notre enfant aura ses yeux bridés et pas mes grands yeux d’européenne. Pour les pommettes, ça devrait aller, on est tous les deux bien lotis. Il faut que j’arrête de fumer. Je suis déjà trop vieille pour tomber enceinte. Avec la clope, c’est comme si ma fécondité avait dix ans de plus. J’ai la fécondité d’une femme de quarante-cinq ans. Je dois arrêter de fumer. Je voudrais un petit avec mon chéri. J’aimerais l’élever en yourte. J’ai hâte qu’on vive en yourte. J’espère qu’il n’est pas trop tard pour tomber enceinte. On se pose trop de questions ici sur la maternité, le mariage, l’engagement, tout ça. Là-bas, tout est simple. On s’aime, on fait un enfant. On s’aime, on se marie. Vérité. Vide. Silence. Steppes. Oui, c’est le bon choix que je fais, j’en suis sûre. J’ai confiance. J’espère que chéri va m’appeler demain. Demain matin, je suis en audience. Je me lève à sept heures. Sept heures et demi. Faudrait que je dorme. J’ai pas sommeil. "Pas de sommeils", dit chéri. C’est trop mignon ses petites fautes de français. Je l’adore. Il me manque. Ses bras. Sa peau. Son odeur. Je voudrais pouvoir me blottir contre lui, là, maintenant, tout de suite. Trois mois et demi. Même moins, s’il vient en France avant. J’espère. J’aurai sûrement plus l’appartement mais tant pis, on sera chez mes parents. Maman sera tellement heureuse de le connaître. Ca se passera bien. J’ai hâte qu’il vienne. J’ai hâte d’être là-bas. Ecrire à l’urssaf aussi. A la sécu. Résilier la mutuelle. Le téléphone. Il faut que je me renseigne sur les cartes prépayées, si je peux garder mon numéro pour quand je viendrai en France. Suspendre les versements de retraite complémentaire. Ecrire à l’organisme agréé. A l’expert-comptable. Hâte que tout ça soit derrière moi. Le dentiste c’est en cours, l’ophtalmo en février, il faut que je pense à prendre rendez-vous chez le gynéco. Faire des analyses. Faudra que je pense à apporter un stock de lentilles. Des médicaments. Pas de sécu là-bas.  Faut pas que je sois malade. Comment se passerait une grossesse là-bas ? Si je dois accoucher, je viens en France ? Mais je n’aurai plus de sécu ici. Bon, on verra si ça se présente. Trop de choses en tête. Je vais fumer une clope. Je dois arrêter. J’ai pas envie. C’est pas le moment. Ce sera jamais le moment. Faudrait que je maigrisse un peu aussi. J’ai perdu deux kilos. Ce serait bien que je perde, peut-être pas les six qui me restent, mais au moins trois. De toute façon j’ai plus rien à manger. Chez les parents ça ira mieux. Je mangerai sain. Je verrai si je fume sur le balcon chez eux ou pas. Et si je rentre manger chez eux le midi, ça me ferait quarante minutes de marche en plus, ce serait bien. Bon, je verrai. Je vais fumer, tant pis. Faut que je me vide la tête cinq minutes…

 

Samedi again #55

 

 

Cette semaine, je suis déjà partie.

 

La semaine dernière, je vous racontais comment ma télévision, après avoir été débranchée, ne fonctionnait plus.

Cette semaine, je vais vous raconter comment ma télévision, finalement, fonctionne à nouveau.

Le dénouement de cet insupportable épisode à suspense a commencé lors d’un repas de famille au cours duquel, entre deux discussions, j’ai raconté mes déboires avec cet engin capricieux.

Là, entre une fourchette de pâtes et un verre d’eau, mon père, visiblement fort marri de ce misérable coup du sort qui s’abattait sur sa bella pitchoune, m’a demandé, parce qu’il sait bien à qui il a à faire, très innocemment : "tu as branché l’antenne ?"

Et c’est là que, jaillissant du plus lointain neurone de mon cerveau, a surgi l’image de ce fil blanc qui pendait depuis quelques jours derrière la télévision, fil blanc que je regardais d’un oeil morne parfois en me disant "tiens, mais c’est quoi ce fil qui pend, il était pas là avant… Boh" avant de poursuivre dans mes activités sans me poser plus de questions. 

La suite, vous la devinez : après avoir balbutié un petit non rougeaud, et bien amusé mes parents et mon frère exaspéré par la candeur de sa soeurette, j’ai pu effectivement découvrir en rentrant chez moi que, tiens, oui, c’est vrai, effectivement ça fonctionne beaucoup mieux avec le fil blanc encastré dans le bitoniau très intelligemment réservé à cet effet à l’arrière de l’appareil.

Voilavoilavoila.

Cela me rappelle cette histoire de requête qui me hantait depuis une éternité, que je rechignais à faire, qui était devenue une montagne infranchissable dans un emploi du temps chargé et un cerveau tout autant, et que, oh tiens, ça alors, j’ai découverte gentiment rangée dans le dossier, faite depuis le 27 décembre, et attendant sagement que je m’occupe d’elle.

Voilavoilavoila.

Heureusement que mon cerveau trouve néanmoins le temps de se poser et se plonger dans des lectures en retard, ça lui aura permis d’entrer cette semaine dans le volet "littérature asiatique" de ma pile à lire (littérature que je recommande toujours fortement, surtout dans les auteurs contemporains, les auteurs asiatiques classiques ont un style quelquefois un peu lourd, mais les auteurs actuels ont cette délicatesse, cette finesse, cette légère poésie, cette fluidité, que je ne retrouve pas chez les auteurs français ni d’ailleurs, mais là n’est pas le propos de cet article (mais je voulais vous le dire quand-même)).

Donc, "Une si jolie robe" de Fan Wu, "Love and pop" de Ryu Murakami, "La danseuse d’Izu" de Yasunari Kawabata et "Saules aveugle, femmes endormies" de Haruki Murakami.

Pardon, j’ai dit "La danseuse d’Izu" ? Ah euh, au temps pour moi, parce que en fait, je ne l’ai pas vraiment lu puisque je me suis rendue compte dès les premières pages que j’avais comme une impression de déjà-vu… Ou plutôt de déjà-lu, devrais-je dire… Oui, voila. Ou, plutôt :

Voilavoilavoila…

♦ ♦ ♦

Bribes de rue

 

 

Un adolescent et une adolescente :

- … je pouvais gagner 200 euros par jour, je suis allé demander à l’école, ils m’ont dit que si je partais en Angleterre, je pouvais pas revenir à l’école.

- non, les enfoirés !!!!

- c’est pour ça, si je pars…

Deux adolescentes :

- … comme tu as des grandes jambes,…

Un jeune homme au téléphone :

- Fais attention à toi.

Deux adolescentes :

- tu vas y aller ?

Deux vieilles dames :

- … une heure après.

- pourquoi une heure après ?

- eh ben comme tu as le trajet…

Une sexagénaire au téléphone :

- C’est votre jour là ? … Et Jean-Louis ? … Oh ben tant mieux … Ecoute maman, écoute ta soeur, …

Un jeune père et sa fille :

- C’est pas assez ma puce, tu as besoin de manger plus, toi.

- C’était des crêpes aux légumes.

- C’est bon les légumes.

- C’était dégueu.

- Pourquoi c’est dégueu, c’est pas maman qui les a faites les crêpes ?

- Non.

- Ah elle a acheté surgelé.

- Non, c’était au restaurant.

- Ah. Aller au restaurant pour manger des crêpes…

Un quinquagénaire à un jeune couple :

- elle le fait de temps en temps !

Deux hommes à un café :

- Il est pas bon, hein ? Il est râté complet !

Deux hommes à un café :

- ok, t’as un numéro de téléphone ?

Un éclat de rire.

Deux femmes :

- je cherchais une robe…

- moi non-plus je trouve pas ce que je veux…

Deux jeunes touristes :

- … strange people…

 

Et nous en resterons sur cette belle conclusion !

Les 11 questions de Lizly

 

Je me colle aux 11 questions de Lizly et qui veut suit !

 

1 – Si tu devais vivre en colocation avec un personnage de série télé, lequel choisirais-tu ?

Joe de Friends ! Rigolades en perspectives !

2 – Combien de titres de chanson contenant le mot "chat" peux-tu citer de tête ? Et après avoir cherché sur Internet ?

Euh…

3 – Quel est ton top 5 des formes de pâtes ?

Gnocchis – trofie – penne – coquillettes – spaghettis. 

4 – Quelle est ta galette des rois préférées ? Tu peux donner une recette.

La couronne bien sûr ! Chez nous, c’est la couronne, un point c’est tout ! Mais je n’en ai jamais fait.

5 – Est-ce que tu es pour que l’appellation "Cookies de Lunerêveuse" devienne une AOC ? Argumente.

Ca sent la private joke… Si les cookies sont en forme de croissant de lune, je vote pour !

6 – Pour moi, le meilleur morceau d’Ennio Morricone parmi les bandes originales qu’il a composées est le thème accompagnant la Horde Sauvage dans Mon Nom est Personne. Et toi ?

Je ne connais pas assez son répertoire pour dire si c’est le meilleur, mais enfant, j’adorais celui de Le bon, la brute et le truand. Oui, je sais, c’est sans doute le plus connu…

7 – A partir de combien de marinières dans sa penderie doit-on acheter un voilier ?

J’adore cette question ! Je suis un fervent défenseur de la marinière, que je porte avec absolument tout, jupe à pois, jupes à fleurs, pantalon, collants noirs, collants bariolés, collants à pois, bref, avec tout comme si c’était un haut noir, ce qui me vaut quelquefois des remarques interloquées  ("tiens, tu as mis une marinière avec une jupe moutarde et des collants à pois ?!") auxquelles je réponds toujours par "ouiiiiii, la marinière c’est le nouveau haut noir, ça va avec tout !"

Bref, tout ça pour te dire que même avec 600 marinières dans son armoire, on n’est absolument pas obligés d’acheter un voilier !

8 – Existe-t-il une circonstance qui mérite qu’on tolère un "mais" après "Je t’aime" ?

"Je t’aime, mais tu comprendras que j’en ai un peu marre de payer les réparations, tu vas apprendre à les faire quand, ces foutus créneaux ?!"

9 – Si tu devais écrire une autobiographie, quel en serait le titre ?

"Si vous pensez que ce livre ne va pas changer votre vie, dites-vous bien qu’il ne changera pas la mienne non-plus".

10 – Si je te dis "Zaz", que réponds-tu ?

Au secours.

11 – Tu as le droit à un vœu. Peux-tu nous dire lequel tu fais ? Attention, puisque tu vas le dire, il ne va pas se réaliser.

Je fais le voeu de perdre mes kilos. J’aimerais bien qu’il se réalise, mais sinon, tant pis, je me suis habituée à mes jolies chairs pleines.

 

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