Mariages…

 

 

Je suis toujours étonnée par le mouvement des choses.

Ce qui était vrai hier et qui ne l’est plus aujourd’hui. Ce qui était inaltérable, solide, éternel, fiable, inattaquable, et qui disparaît. Je ne comprends pas. Je peux me borner à penser que "c’est la vie", mais la vie n’explique pas. Et les choses changent, comme ça, subitement, en un claquement de doigts, du jour au lendemain, ou bien après une lente et progressive phase de mutation. Le fait est qu’un jour, on regarde en arrière, on compare, et on voit que c’est différent, que c’est fini, que ça n’existe plus, que l’éternel a pris fin.

Je délie des liens. J’accompagne, je soutiens, j’épaule, j’écoute, je conseille, et je délie des liens. Combien, depuis que je fais ce métier ? Il serait intéressant de faire le compte. Vingt-deux. J’ai délié vingt-deux liens et la chose ne me semble toujours pas naturelle.

Ils se sont rencontrés, l’un d’eux a été plus entreprenant que l’autre, ils se sont revus, hésitants les premiers temps, un peu intimidés peut-être, troublés en tout cas. Ils ont échangé des pensées et des non-dits, des messages étudiés ou des lettres maladroites, des coups dans la poitrine et des frôlements de peaux. Il y a eu des doutes, des attentes, des espoirs, des téléphones qui ne sonnent pas, des regards croisés, des sourires grands comme les bras, une brèche quelque part, et une brique posée pour bâtir un palais. Ils se sont engagés, ils se sont tout promis, devant témoins toujours, devant dieu souvent, devant la loi en tout cas.

Il y a eu des blagues qui n’appartiennent qu’à eux, des fous-rires sur la plage en regardant ce touriste rougeaud, des lueurs de bougies en volutes sensuelles et des sobriquets ridicules. Il y a eu des promesses, des pas en avant, de la peinture bleu canard, des berceaux parfois, des assurances-vie.

Il y a eu aussi les disputes universelles, les mots crus et les phrases assassines qui brisent quelque chose à jamais, les matins qui se ressemblent et les nuits qui se ressemblent. Il y a eu le pyjama informe du dimanche et les sorties séparément, les intrusions dans son téléphone, la vaisselle qui s’entasse, la machine encore en panne, et les matins qui se ressemblent, et les nuits qui se ressemblent. Et le nouveau au bureau, et l’oeillade discrète à la vendeuse. Et le regard qui s’éteint en même temps que les projets. Il y a eu quelque chose, à un moment donné, un grain de sable, un micro-événement, un mot de trop, et le palais s’est effondré.

Je délie des liens. Ce que je lis dans leurs yeux, lorsqu’ils attendent leur tour comme à la chaîne dans ce couloir impersonnel, c’est toujours la même chose : une angoisse latente, et l’envie d’en finir très vite pour qu’enfin cesse cette indomptable nostalgie de ce qui est brisé. Certains se taisent, d’autres piaillent. Je jauge, m’adapte, rassure ou gonfle à bloc, fais la conversation ou m’éclipse. J’aime regarder l’autre aussi, dénouer le fil de leur histoire, déceler ce qui a plu, voir les yeux qui brillaient autrefois face à cet étranger d’aujourd’hui. Le couloir grouille de robes noires cyniques d’en avoir trop vu. Je suis l’une d’entre elles. Je suis cynique également, fataliste et détachée, parce que c’est ce qu’on attend de moi, parce que je suis là pour ça, parce que le romantisme de celle que je suis n’a pas droit de cité face à la mission de celle que j’incarne. Je n’ai jamais fréquenté ce couloir autrement qu’en robe noire. J’ai dit un jour que si la vie ne devait m’offrir qu’une seule des deux robes, de la noire ou la blanche, je choisirais la noire. Ma fréquentation de ce couloir est en train de me convaincre que ce serait le bon choix.

 

Samedi again #36

 

 

Cette semaine, pub.

 

Vous avez sûrement vu la publicité pour Pepsi Next

C’est bien la première fois que je ris en voyant ce genre de pub mettant en scène un bébé.

Je ne suis pas ce qu’on peut communément appeler une "folle des bébés". Les bébés me laissent de marbre, ils ne me touchent pas, ils ne me font pas sourire, ils ne m’intéressent pas, ils me mettent mal à l’aise, ils me font peur, je les trouve rarement mignons et je ne les comprends pas. Bon, on va arrêter avec les euphémismes : je n’aime pas les bébés. C’est ainsi, et c’est ainsi depuis toujours. Je reviendrai peut-être un jour sur mon rapport à la maternité (ou pas) (et en même temps, j’ai dans les tuyaux un texte qui touche au sujet, qui sera publié cette semaine, et que peut-être vous comprendrez encore moins maintenant que vous avez lu ceci… ou encore mieux, je ne sais pas. Bref).

Enfin, ce n’est pas pour autant que je vais acheter du Pepsi…

J’ai aussi souri lorsque j’ai vu la dernière pu pour Evian.

Mais c’est plus pour l’idée, et parce que j’adore le message presque philosophique qu’elle contient, que pour les bouilles des bébés…

J’ai aussi vu cette pub et, comment dire………..

Pendant que je cherche les mots, je vais préciser que je n’aime pas particulièrement la glace et encore moins les Häagen Dazs, que je trouve trop sucrées, trop lourdes, trop riches, trop écoeurantes.

Bradley Cooper en vendeur de glaces, ça me donne surtout envie de faire tout sauf manger de la glace…

… Un peu comme le bébé dePepsi ne me donne aucune envie de boire du Pepsi, tout rigolo soit-il…

Et c’est là que je me pose la fameuse question sur la pub : à quoi sert-elle si elle ne me convaint pas d’acheter ???

Mais tant qu’on y verra des Bradley Cooper lancer des oeillades, pourquoi s’en offusquer, hein ?!

Rien à voir, mais la dernière publicité pour les barres de céréales Spécial K m’a fait hurler de rire.

Quand j’ai entendu cette voix féminine nous expliquer que ces barres contiennent un "délicieux fourrage", je n’en ai pas cru mes oreilles.

J’ai quand-même vérifié, histoire d’être sûre que ce n’est pas moi l’ignorante…

Eh bien non. Je vous confirme donc solennellement que les barres de céréales Spécial K contiennent de la "matière végétale servant à l’alimentation des animaux domestiques".

La preuve ? Larousse forever.

Et c’est là que je me pose une autre fameuse question sur la pub : mais comment ont-ils pu mener ce projet à son terme, du jour où le publicitaire a pondu ce texte jusqu’au jour de son enregistrement, sans que personne ne se rende jamais compte de cette boulette ???

Mystères de la pub…

♦ ♦ ♦

 

Tout ou rien ?

 

 

Comme je suis aussi perchée que semble l’être June, et surtout, puisqu’en ce moment j’ai un besoin vital de pensées inutiles et pas forcément logiques (cf. post précédent), j’ai décidé de prendre au mot son commentaire à l’article Samedi again #35 et de philosopher sur sa magnifique question : "tout ou rien ?"

Parce que, après tout, ne serait-ce pas là un splendide sujet de punition dissertation pour des jeunes gens dont on sait que l’esprit peut être aussi fougueux que léthargique ? Je m’adresse à Lizly : si tu passes par ici, tu ne le sentirais pas ce petit sujet, pour voir ce que tes étudiants ont dans le ventre ? Je suis sûre que nous aurions droit à de profondes réflexions qui pourraient bouleverser la pensée intellectuelle française. Lizly, je te le dis officiellement : la philosophie compte sur toi.

En attendant le résultat de cette trépidante expérience, et bien que n’étant moi-même ni fougueuse, ni léthargique (en tout cas pas en même temps) (sauf les nuits de pleine lune) (je dis n’importe quoi si je veux) (c’est mon article), je vais m’y coller.

Donc, tout ou rien ?

Déjà, comme pour tout sujet, commençons par définir les termes.

"Tout", on le sait, signifie, euh… la totalité, le tout. Tout, quoi.

(Riez, riez, hyènes sans coeur, mais sachez que Monsieur Larousse n’a guère fait mieux dans son dictionnaire de 1980, lorsqu’il a écrit, pour définir le mot "tout" : "exprime la totalité". Merci Monsieur Larousse, je n’aurais pas mieux fait. D’ailleurs, je n’ai pas mieux fait. Bref.)

Quant au "rien", vous le savez bien, c’est le vide, le néant, en somme : le rien.

(Et là, pour votre gouverne, sachez que Monsieur Larousse 1980 définit le "rien" en disant "aucune chose", ça vous en bouche un coin, n’est-ce pas ? Ne me remerciez pas, c’est cadeau, c’est culture, vous allez briller en société avec cette info, je vous le garantis).

Bref, je n’ai pas besoin de vous faire un dessin, vous voyez très bien ce qu’est le tout et ce qu’est le rien.

[Digression : à la réflexion, voila qui pourrait aussi être une jolie épreuve pour des étudiants en art ou des têtes à claque : "interro surprise, sortez une feuille, représentez-moi le rien. Et quand vous aurez fini, vous me ferez le tout. Vous avez 1 heure, pas de discussions ! (mouahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahah)" (seuls les profs doivent expérimenter ce rire sardonique dans leur vie) (et les dentistes aussi) (peut-être aussi les esthéticiennes) (fin de la digression)]

Donc, nous voyons tous ce qu’est le tout et le rien, trop facile, poursuivons.

Maintenant que les termes sont bien définis et bien clairs pour tout le monde (et non pas – un peu d’humour n’a jamais nui à personne - "pour rien le monde" qui ne voudrait rien dire (et non pas "qui ne voudrait tout dire" qui, lui aussi, ne voudrait rien dire (et non pas "qui, lui aussi, ne voudrait tout dire" qui ne voudrait rien dire non-plus (et non pas… Au secours, libérez-moi de cette foutue parenthèse !)))), donc je disais, maintenant que les termes sont bien définis et bien clairs pour la totalité d’entre vous, vous le voyez, vous le sentez, la réponse s’impose d’elle-même.

Car enfin, vous l’avez bien compris : puisque le tout, c’est tout, et que le rien, c’est rien du tout, alors forcément le rien est aussi un tout, mais évidemment un tout qui diffère du tout au tout du tout. Oui messieurs dames, le tout correspond à tout (et donc aussi au rien), alors que le rien ne correspond à rien, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’on parle de "bon à rien" et jamais de "bon à tout".

[Digression : vous noterez que l'on dit "bon à rien", mais "bonne à tout faire", et que, si l'on peut imaginer de dire "bonne à rien", on n'envisage absolument pas de dire "bon  à tout faire", ce qui démontre par A + B que seules les bonnes sont capables de tout et de rien, alors que les bons, bien que bons, ne sont capables de rien du tout. Ca méritait d'être dit.]

Tout ça pour dire qu’entre le tout et le rien, je prends le tout (du verbe prendre, oui, et non pas brendre, qui ne veut rien dire et n’aurait absolument rien à faire ici. Merci d’éteindre tout de suite cette étincelle lubrique et de poursuivre votre lecture) et merci à June pour ce fabuleux sujet de dissertation qui aura eu le mérite de m’aérer l’esprit, à défaut d’aérer le vôtre.

Et sinon, ça va vous ?

 

C’est pourquoi, par les présentes, il est sollicité respectueusement de bien vouloir…

 

 

…"subsidiairement", "en tout état de cause", "sur ce, discussion", "frais irrépétibles", "par ces motifs", "si, par extraordinaire", "encore eût-il fallu", "attendu que", "il convient d’en ordonner le débouté", "mainlevée d’hypothèque", "plaise à", "responsabilité de plein droit", "caducité de la demande", "lequel se constitue et occupera sur la présente et ses suites", "il en est discuté ci-après", "partie succombante", "c’est à tort que", "il échet de constater", "conformément à mes règles déontologiques", "vu l’article", "sur l’illégalité externe", "péremption d’instance", "fin de non-recevoir", "aux offres de droit", "outre les entiers dépens", "par-devant", "introduire le présent incident", "la décision avant-dire-droit", "contrat synallagmatique", "incontestablement", "il n’y a pas lieu de", "argument dirimant", "exception d’irrecevabilité", "le demandeur est forclos", "dire et juger", "action de in rem verso", "il est donc établi que", "force est de constater"…

Je veux des mots !!!!!!!!

Des vrais, des beaux, des légers, des poétiques, des gentils, des aériens, des qui font voyager, des qui font pleurer, des que tout le monde comprend, des qui ne servent pas à convaincre, des qui ne servent pas à défendre, des qui ne servent à rien d’autre qu’à sortir du carcan de mon cerveau formaté, construit, logique, retors et conditionné… Donnez-moi de l’air, de l’inventivité, de la folie, de l’esprit, du grand n’importe quoi, donnez-moi du Edouard Baer, du François Rollin, du David Foenkinos, du Amélie Nothomb, du Philippe Djian, du Bernard Pivot, de l’oulipo, ou même du "schtroumpf", du "bachibouzouk", du "bougre d’ectoplasme", ou du "tonnerre de Brest", ce que vous voulez, mais faites quelque chose, sauvez-moi de ce marasme, mes écrits se meurent !!!!!!!!!!!!!!

 

Samedi again #35

 

 

Cette semaine, dilemmes.

 

L’écume ou les jours ?

Le crime ou le châtiment ?

L’orgueil ou les préjugés ?

La promesse ou l’aube ?

Le nom ou la rose ?

L’île ou le trésor ?

Les précieuses ou les ridicules ?

Le voyage ou le bout de la nuit ?

Le seigneur ou les anneaux ?

La stupeur ou les tremblements ?

L’ombre ou le vent ?

Des souris ou des hommes ?

Le rouge ou le noir ?

Ensemble ou c’est tout ?

Le vieil homme ou la mer ?

Le rat des villes ou le rat des champs ?

La carte ou le territoire ?

Le spleen ou l’idéal ?

L’ombre ou les jeunes filles en fleur ?

La gloire ou mon père ?

♦ ♦ ♦

 

 

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